Geneviève Baril : artiste de la nature et du moment présent
- il y a 1 jour
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Par Valérie Plouffe - Étudiante de l'Université du Québec à Trois-Rivières

Pour l’artiste mauricienne Geneviève Baril, la nature et l’art sont un mode de vie
indissociable de sa personne. Ils lui permettent de prendre un pied de recul et de
revisiter le connu à travers un regard nouveau.
Son processus créatif
Métro,
Boulot,
Dodo.
C’est bien connu, de nos jours, le quotidien de la plupart des Occidentaux se calque sur ce schéma. Quelques pauses occasionnelles et puis hop! On recommence. C’est par opposition à ce rythme de vie effréné que Geneviève Baril s’est mise au yoga. Elle y a découvert un axe inspirant qui lui a permis l’atteinte d’un état de contemplation du moment présent. Conjugué à ses expériences professionnelles en ébénisterie et ses études en arts visuels, le yoga et la matière naturelle ont été ses points de départ pour découvrir sa voix en tant qu’artiste. Aujourd’hui, les promenades en forêt remplissent ce rôle méditatif. Ils créent un espace de vide bienfaisant, qu’elle utilise pour se laisser inspirer. C’est le changement de perspective face à un chemin maintes fois emprunté qui la nourrit. De cela, il en émerge une profonde poésie lui permettant de tout dire sans avoir à le formuler avec des mots.
Sa démarche : quand inspiration rime avec rigueur
« Mes oeuvres ne crient pas, elles chuchotent. »
Une brise dans les roseaux, une vague rejetant des moules d’eau douce sur la plage, le bruissement des feuilles d’automne… c’est principalement dans un panorama qu’on ne remarque plus que puise l’artiste. L’œil ouvert, elle saisit l’inattendu. Des éléments de la nature se révèlent à elle et une idée s’installe. Puis, elle les cueille. Tous les matériaux peuvent être utilisés, tant qu’il est possible d’en récolter un bon millier d’exemplaires. Une fois entreposés, elle les déconstruit et trouve une façon singulière de les reconstruire en les juxtaposant. Le but est de perdre l’unité au profit d’un tout. Il en résulte une œuvre unie qui, de loin, ne dévoile pas tous ses secrets. C’est une fois assez près que l’on peut percevoir l’ampleur du travail. D’ailleurs, il est possible d’observer toute cette minutie à travers son exposition pour la Biennale nationale de sculpture contemporaine en 2022, nommée Anthologie de la marche, dans laquelle des centaines de pommes de pin ont été récoltées, dépouillées de leurs graines et réassemblées sur une série de tableaux.
D’autre part, elle souligne que cette recherche et le processus de création qui en découle sont tout aussi importants que le résultat. Le geste, lent et répétitif, démontre clairement une évolution constante, mais laborieuse. Il faut « simplement » prendre le temps, comme on dit. Toutefois, elle n’a pas pour objectif de revendiquer ou de dénoncer quoi que ce soit. Elle préfère créer quelque chose de fort, de surprenant, un environnement apaisant ayant le pouvoir de stimuler les sens et de réveiller la mémoire affective. Au demeurant, c’est ce que souhaite favoriser l’artiste : une approche plus intimiste de l’art qui est propre à chacun·e, plutôt qu’une tentative d’influencer la pensée du spectateur·rice d’une manière ou d’une autre. « Il s’agit avant tout d’un dialogue entre le spectateur et la matière. », souligne-t-elle.
Une évolution tournée vers l'environnement
Au fil du temps et des expérimentations, les œuvres de l’artiste ont pris une dimension environnementale plus profonde. Elle a développé une volonté de ne pas altérer la matière pour avoir la possibilité de la retourner à son milieu ou pour pouvoir la composter. Pour ce faire, elle essaie au maximum d’utiliser des procédés sans danger pour l’environnement, autant dans la cueillette responsable que dans le traitement des éléments végétaux qu’elle utilise. Elle mentionne avec beaucoup d’humilité que, dans ces conditions, son travail s’articule beaucoup autour de l’essai-erreurs, puisque les contraintes qu’elle s’impose ne lui permettent pas d’utiliser de la colle ou tout autre produit nocif pour l’environnement. Donc, pour l’exposition Anthologie de la marche, partie 1 : Broder le temps et la Simplicité des choses est difficile à dire (2022), l’artiste a dû faire preuve de beaucoup d’inventivité. Elle a préféré utiliser des techniques de pliage afin de maintenir ensemble des milliers d’aiguilles de pin. Aucune colle, aucun cordage, aucun trompe-l’œil.
Dans un même élan, le concept d’art éphémère s’est intégré de lui-même à son travail. N’étant pas attachée à son œuvre physique, Baril a développé l’idée de sortir de l’art-objet et de n’en conserver que des photos d’archives. Ses créations, semblables aux saisons qui changent, aux plantes qui fanent et au passage du temps, capturent cet instant éphémère, gracieux, mais vulnérable, qui ne persiste que pendant un court laps de temps avant de disparaître. Pour autant, ces étapes ne sont pas synonymes de fin, bien au contraire. Durant la partie 2 de l’exposition Anthologie de la marche pour la BNSC, Je serai ton miroir et Mon jardin sera un milieu de résistance et de rébellion, l’artiste venait chaque jour organiser son installation. Elle accrochait et superposait des centaines de fleurs et de plantes sauvages à des cadres vides et du grillage suspendu. Il en a résulté de belles mosaïques colorées, méticuleusement agencées. Or, elle souligne que travailler avec un médium vivant exige une forme de lâcher-prise. Toutes les fleurs ne peuvent être identiques entre elles, et il ne faut pas oublier la notion de fanaison, qui peut révéler quelques surprises au fil des jours. Malgré cela, l’impossibilité de prévoir un résultat précis se marie très bien avec la notion d’inattendu, chérie par l’artiste. Elle ajoute aussi que ce genre d'œuvre évolutive peut ne jamais avoir de fin, et que dans ce cas-ci, elle n’en a eu une que parce que l'événement avait une échéance.
Quels projets pour l'avenir?
Bien que l’idée de départ était de composter les plantes cueillies puis installées à ses différentes expositions, elle a préféré les entreposer pour leur donner éventuellement un second souffle. Pour l’heure, il n’est pas possible de connaître précisément les prochaines expositions solos de l’artiste, même si elle nous fait un petit clin d’œil pour l’été 2026 : elle participera au projet « Créations inattendues » soutenu par la ville de Trois-Rivières dans le but d’intégrer l’art aux lieux publics. Autrement, si vous avez besoin d’une petite dose de printemps et que vous passez par la ville de Drummondville, vous pourrez aller admirer deux de ses photos d’archive au passage Sibosis, situé entre la rue Hériot et le parc Woodyatt.
En définitive, si nous devions tirer quelques enseignements du travail de Geneviève Baril, ce serait probablement sa seule revendication, qu’elle a exprimée en riant :
« Je revendique le droit à la lenteur et à la beauté. »


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